Des balcons pleins de bonne volonté, et de plantes mortes en août.
À Tunis, de plus en plus de citadins cultivent quelques herbes aromatiques sur leur balcon. Mais entre les vagues de chaleur, les coupures d'eau estivales et les départs en vacances, la plupart des plantations ne passent pas l'été.
Les solutions existantes se divisent en deux : des pots à réserve basiques, peu fiables et sans retour d'information, et des jardinières connectées chères, bavardes et pensées pour l'intérieur.



Écouter avant de dessiner.
J'ai mené des entretiens semi-directifs, observé des balcons sur plusieurs semaines et analysé les produits du marché, du pot à réserve à la jardinière hydroponique.
J'arrose trop pendant une semaine, puis j'oublie complètement.
L'arrosage est irrégulier : l'excès tue autant que l'oubli.
Insight 01 — RégularitéEncore une appli avec un compte à créer ? Non merci.
Les objets connectés rebutent dès qu'ils demandent de l'attention.
Insight 02 — Charge mentaleLe balcon, on le voit depuis le salon. Ça doit être beau.
L'objet fait partie du décor : l'esthétique n'est pas négociable.
Insight 03 — Désirabilité
Je veux des herbes fraîches, pas un deuxième travail.
- Cuisiner avec ses propres herbes
- Partir une semaine sans tout perdre
- Un objet qui s'accorde à son intérieur
- Ne sait jamais si elle arrose trop
- Applis qui envoient trop de notifications
- Pots à réserve en plastique, peu esthétiques
Une piste est venue d'une conversation avec ma grand-mère : la jarre en terre cuite enterrée, utilisée depuis des siècles au Maghreb pour irriguer lentement. La terre cuite poreuse libère l'eau à mesure que le sol sèche. La technologie existait déjà — il fallait la rendre urbaine.
Plus de quarante croquis, trois directions.
J'ai exploré trois typologies, chacune évaluée selon l'autonomie, la facilité de remplissage, le coût de fabrication et l'intégration au balcon.
A · Totem
Colonne verticale avec réservoir haut. Belle silhouette, mais instable au vent.
B · Soucoupe
Réserve sous le pot. Simple, mais eau stagnante et moustiques.
C · Double paroi Retenue
Réserve cachée entre deux parois de terre cuite, sonde amovible. L'héritage de la jarre.
Low-tech à l'intérieur, juste ce qu'il faut de high-tech.
Nawa repose sur un principe physique, pas sur l'électronique : si la batterie est vide, la plante continue d'être arrosée. La technologie sert uniquement à prévenir au bon moment.
- 01
Pot double paroi, 2,5 L de réserve
La paroi intérieure, non émaillée, diffuse l'eau par capillarité. La paroi extérieure, émaillée, protège la réserve de l'évaporation.
- 02
Une sonde, une seule lumière
Pas d'écran : une LED qui reste éteinte tant que tout va bien, passe à l'orange quand il faut remplir sous 48 h. Autonomie visée : 6 mois sur une pile.
- 03
Un goulot de remplissage décentré
Remplissage sans déplacer la plante ni mouiller le feuillage, avec un repère de niveau visible en transparence.
- 04
Une app qui se tait
Ni compte obligatoire ni graphiques : un écran d'état, et une notification seulement quand une action est nécessaire — croisée avec la météo locale.
De onze écrans à trois : concevoir le silence.
La première maquette comptait onze écrans : historique, graphiques, conseils, communauté. Les tests sur papier ont montré que personne ne les ouvrait. J'ai reconstruit l'application autour d'une seule question : « Est-ce que je dois faire quelque chose ? »
Une seule question à l'écran : dois-je faire quelque chose ?

↔ Le parcours d'installation, de la boîte au premier état « Tout va bien » : moins de 2 minutes.
V1 — Tableau de bordTrop d'informations, aucune action claire.
V2 — GraphiquesTestée sur papier : jugée « anxiogène ».
V3 — Un état, une actionLa structure retenue.
BasilicSoif : forte
MentheSoif : forte
RomarinSoif : faible
Tomate ceriseSoif : forte
pendant les tests
BasilicOK
MentheRemplir
RomarinOK↔ Faites glisser pour voir tous les écrans.
Trois générations de prototypes, trois semaines sur de vrais balcons.
Le premier prototype, imprimé en 3D, fuyait. Le deuxième, tourné en terre cuite avec un potier, diffusait trop vite. Le troisième, avec une paroi intérieure plus épaisse et partiellement émaillée, a trouvé le bon débit.
J'ai ensuite confié huit prototypes à huit participants pendant trois semaines de juin, avec un groupe témoin arrosant à la main.
- ObservationGravitéCorrection
- La LED orange était confondue avec un défaut par 3 participants sur 8.ÉlevéeClignotement lent « respiration » et texte explicatif dans la notification.
- Le goulot était trop étroit pour une bouteille d'1,5 L.MoyenneDiamètre passé de 28 à 34 mm sur le prototype 3.
- Le choix de la plante paraissait inutile à certains.FaibleAjout d'une ligne : « pour calculer quand vous prévenir ».
Le retour le plus marquant : plusieurs participants ont oublié qu'ils avaient l'application. Pour Nawa, c'était exactement l'objectif.
Ce que ce projet m'a appris.
- 1
La meilleure fonctionnalité est parfois celle qu'on enlève
Passer de 11 à 3 écrans a davantage amélioré l'expérience que n'importe quelle nouvelle fonction.
- 2
La matière a toujours le dernier mot
Le retrait de la terre cuite à la cuisson (environ 10 %) m'a obligé à revoir toutes les cotes. Travailler avec un artisan dès le début m'aurait fait gagner un mois.
- 3
Prochaine étape
Industrialiser la paroi intérieure par coulage en moule, et tester une version pour jardinières longues.